Dans le cadre du Festival des Libertés, Présence et Action Culturelles, en collaboration avec Philosophie Magazine, vous convie à une rencontre animée par Martin Legros, rédacteur en chef de Philosophie Magazine.

LA CRISE INFINIE
De l’économie à la philosophie et vice versa

Mardi 23 octobre à 20h30

Depuis la fin du XIXe siècle, la philosophie se dit en crise car elle a du déchanter des espoirs placés en la raison ou dans les grands systèmes philosophiques. Nombre de philosophes ont annoncé la fin de la philosophie et ne cessent d’écrire des livres de philosophie à ce sujet. Depuis la fin des trente glorieuses, on nous dit que l’économie est en crise. Et l’on ne cesse de relancer l’économie et de faire confiance aux économistes. La crise d’un système serait-elle le plus sûr moyen de sa perpétuation ?

Avec Olivier Mongin (philosophe, directeur de la revue Esprit  et, e.a., de l’ouvrage Un Monde désenchanté ?) et Philippe Van Parijs (philosophe, économiste, auteur e.a. de Le Modèle économique et ses rivaux).

Théâtre National 111 – 115, bd. Emile Jacqmain – 1000 Bruxelles - Gratis • Grande Salle

Plus d'infos sur www.festivaldeslibertes.be

Ce numéro des Cahiers de l’éducation permanente propose deux volets de réflexion.

Crise du travail, crise au travailLe premier s’attache à la question de la perception des chômeurs. Des syndicalistes, présidents de CPAS, sociologues et psychanalystes du travail, des chercheurs, des philosophes analysent la stigmatisation si fréquente dont font l’objet les demandeurs d’emploi. Pourquoi tant d’a priori, de préjugés portés systématiquement sur cette frange importante de la population ? Les contributeurs lancent des pistes pour réhumaniser cette question, en comprendre les implications économiques, les conséquences sociales graves et la dévalorisation de l’individu.


Le deuxième volet aborde quant à lui toutes les questions liées aux souffrances au travail. Elles sont révélatrices d’un climat social inquiétant, de préoccupations identitaires. Ce climat tend généralement à opposer les citoyens les plus fragilisés entre eux. S’en suivent alors la perte d’estime de soi, la dépression, le burn-out, qui peuvent conduire au suicide. Alors même qu’un des leviers qui pourrait renverser la tendance, l’action collective, semble faire aujourd’hui défaut.


Ce numéro permet de mieux comprendre l’évolution du monde du travail, les conséquences qu’elle induit et les nouvelles formes d’organisation qui l’accompagnent entre les souffrances sociales, « les deux faces d’une même médaille » comme l’indiquent M.Rocard et P.Larrouturou : « souffrance due au chômage, au sous-travail ou à la précarité d’un côté. Souffrance, stress et maladies professionnelles dues au surtravail de l’autre… ».

 

Sommaire

• Introduction
par Yanic Samzun, Secrétaire général de Présence et Action Culturelles
• Tout le monde a droit à un travail
par la Ministre de l’emploi au fédéral Monica De Coninck
• La lutte contre le chômage, un impératif de société
par Denic Clerc, Fondateur du journal Alternatives économiques
• Prendre l’initiative de redéfinir le travail
par Pierre Zarka, Animateur de l’Observatoire des Mouvements de la
Société (O.MO.S) ; auteur de « Oser la vraie rupture/Gauche année Zéro »
• Recherche travail et bien-être désespérément
entretien avec Esteban Martinez, Docteur en Sciences sociales et politique centre
METICES, Institut de sociologie de l’ULB propos recueillis par Sabine Beaucamp
• Robert Castel, chômage, travail et métamorphoses sociales
par Aurélien Berthier, Chargé d’études à PAC
• Défendre l’emploi de qualité, malgré la crise
par Laurence Blésin et Thierry Dock, chercheurs Formation éducation Culture
• Ni responsables, ni coupables
par Nicolas Errante, Rédacteur en chef de « Syndicats »
• Et pourtant tout travailleur est concerné !
par Freddy Bouchez, Coordinateur de l’asbl CEPRé
• Pas de pitié pour les gueux ! Mépris global des producteurs sans travail
par Daniel Richard, Secrétaire régional interprofessionnel FGTB de Verviers et
Communauté germanophone
• Actiris : conscient des réalités
entretien avec Grégor Chapelle, Directeur général d’Actiris propos recueillis par
Sabine Beaucamp et Aurélien Berthier
• Activation : au-delà du slogan…
par Daniel Flinker, Collectif Solidarité Contre l’Exclusion
• Chômeurs, poids ou souffrance ?
par Rita Leclercq, Présidente du CPAS de Tournai
• être chômeur est fatiguant
entretien avec Yvan Mayeur, Président du CPAS de Bruxelles-Ville propos
recueillis par Sabine Beaucamp
• « Regards sur le look de l’emploi ». Des demandeurs d’emploi
s’exposent pour faire reculer les préjugés
par Virginie Fyon, La belle diversité asbl
• Les chômeurs dans l’imaginaire public : la double punition
par Marc Sinnaeve, Directeur de la Formation au journalisme à L’I.H.E.C.S.

• D’où vient la souffrance au travail ?
par Danièle Linhart, Sociologue du travail, Directrice de recherches émérite au CNRS
• Fragiles, disaient-ils
par Christine Castejon, analyste du travail, docteure en philosophie
• Souffrance au travail et destruction du lien social : une
perspective européenne
par Véronique De Keyser, docteur en psychologie du Travail, pro Doyen de la
Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education de l’ULg et députée européenne
• Les silences et souffrances causés par le licenciement pour
motif personnel négocié à l’aide d’une transaction
par Jacqueline de Bony, Sociologue du travail, Chargée de recherche au CNRS,
au Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique
• Si le travail c’est la santé, la conserver nécessite du boulot !
entretien avec Nadia Rahou, Chargée de mission à l’Agence nationale pour l’amélioration
des conditions de travail, propos recueillis par Sabine Beaucamp et Aurélien Berthier
• Le débat sur la souffrance laisse dans l’ombre le travail
entretien avec Alexandra Bidet, Chargée de recherche en sociologie au CNRS et François Vatin,
Professeur de sociologie à l’Université paris-Ouest–Nanterre–La Défense, propos recueillis par Sabine Beaucamp
• L’absence de travail fait souffrir
entretien avec François Dubet, sociologue, professeur à l’Université Bordeaux II, directeur d’études
à l’école des hautes études en sciences sociales propos recueillis par Sabine Beaucamp et Aurélien Berthier
• Souffrance au travail : les travailleurs du non-marchand
par Alain Cherbonnier, Chargé de projet, Question Santé asbl
• Souffrance au travail dans la fonction publique ?
par Jean Blairon, Directeur de l’asbl RTA
• Les affects et les émotions au travail
entretien avec Aurélie Jeantet, Maître de conférence à la Sorbonne, spécialiste du
travail et des émotions au travail, propos recueillis par Sabine Beaucamp et Aurélien Berthier
• Le bien-être dans les centres d’appels
par Frédéric Naedenoen, licencié en gestion de l’entreprise, Chargé de recherche au
LENTIC, à l’Université de Liège et Julie De Cia, Chercheure, doctorante en Sciences
Psychologiques ULg
• Se reconstruire après l’absurdité !
par Claire Merlin, licenciée en Sciences Humaines et Sociales, Consultante
Handicap, ex-assistante de direction à France-Télécom
• Global Burn-out
par Pascal Chabot, Philosophe, Professeur à l’Institut des Hautes Etudes en
Communications Sociales (IHECS)
• Des livres et des Fi lms
par sabine Beaucamp, Coordinatrice de la publication

Einstein définissait la folie comme le fait de « faire la même chose encore et encore en espérant des résultats différents ». Cette idée pourrait s’appliquer à la situation présente : les politiques menées ces dernières années n’ont pas amélioré la situation, au contraire elles l’aggravent, et pourtant on continue à les appliquer en espérant qu’elles aient un autre effet. Roosevelt2012.be affirme qu’il est grand temps de reconnaître les réelles sources de la crise. De ce nouveau diagnostic découlent directement de nouvelles solutions. La crise est grave, « plus grave que ce qu’on vous dit… » affirme Pierre Larrouturou, figure de proue du collectif français, « mais on peut s’en sortir ! ». Ce que nous vivons n’est pas une crise passagère après laquelle la vie reprendra comme avant. « Crise sociale, crise financière, crise écologique, crise démocratique… dans tous ces domaines, nos sociétés approchent d’un point de rupture, d’un point de non-retour.

La crise économique rend encore plus difficile le financement du secteur culturel, souvent premier champ à être sacrifié sur l’autel de l’austérité. Plus profondément, elle entraîne un renforcement de l’aspect utilitariste de la culture et elle tend à assigner un rôle économique à l’artiste, caractéristique de l’idéologie néolibérale. Comment penser ce phénomène, s’en prémunir et trouver des voies alternatives ? Ces derniers mois ont été marqués par la remise en question des faibles acquis des artistes au niveau de leur statut social et de leur droit au chômage. Parallèlement à cela, suite aux crises économiques à répétition qui ont engendré en Europe des programmes d’austérité touchant la majorité des États, de nombreuses associations, compagnies, festivals et projets culturels ou socioculturels subventionnés en tout ou en partie par l’État, voient depuis quelques années leurs subventions régulièrement limitées, remises en questions, non indexées, revues au rabais… et ceux qui jouissent d’une augmentation ou qui arrivent à obtenir une nouvelle subvention sont à présent considérés comme des exceptions.  

sinnaeveIls sont un certain nombre, d’économistes, de sociologues, de politologues, de philosophes… à soutenir qu’il n’y a pas de sortie de crise possible, sans réhabilitation de l’Etat social, de la dépense publique et de l’impôt. Il est bien question, dans leur propos, de réhabilitation et pas de reconstruction, car l’Etat social est, selon eux, toujours bien d’actualité. Doublement même. Contesté, attaqué, rogné depuis trente ans par les politiques néolibérales de libre-échange, de libéralisation financière, d’austérité salariale, de flexibilisation des relations du travail, de mise en concurrence fiscale et sociale des territoires et des travailleurs, l’Etat social plie mais ne rompt pas.

sinnaeveDans les esprits, le schéma keynésien va de pair avec le « modèle fordiste », au point de les confondre parfois. C’est dû au lien que va instaurer Henry Ford, dès le début du 20ème siècle, entre amélioration de la productivité de l’industrie et augmentation de la demande. Dans le vocabulaire économique, de fait, le fordisme recouvre ces deux dimensions : une production de masse de biens à bas prix pour une consommation de masse. L’une créant les conditions de l’autre. Après le krach de 1929, Roosevelt bâtira une partie de sa politique du New Deal sur le schéma fordiste.  Le fordisme se définit le mieux comme suit : « C’est une stratégie de développement des entreprises fondée sur un abaissement des prix de revient par l’organisation du travail, des salaires relativement élevés et une production de masse pour un marché de masse. »  

jean-cornilDans son dernier livre, Clémentine Autain écrit que " le peuple avait disparu de notre vocabulaire. Même à gauche, la référence ne faisait plus recette. Le peuple morcelé, atomisé, avait quitté l’imaginaire collectif ». Et voilà, qu’avec la crise centrale que traverse notre modernité, qu’avec le chômage qui ne cesse de grimper, qu’avec les licenciements collectifs suite aux délocalisations industrielles, qu’avec la souffrance sociale, la précarité, la pauvreté, la figure du peuple ressurgit. Le peuple contre les élites et les nantis. Le peuple comme la plèbe qui refuse un ordre du monde fondé sur l’argent fou et les vertigineuses inégalités. Une révolte, encore informe et peu structurée, mais qui gronde de Paris à Athènes, de Seraing au Caire" Les formes de cette expression directe du peuple peuvent prendre des contours extrêmement différents, souvent contradictoires. Mobiliser les catégories populaires peut politiquement alimenter le meilleur comme le pire, de nationalisme identitaire et xénophobe à une vraie force de transformation sociale. De la Hongrie à la France, de notre Belgique à l’Espagne, toutes les dernières élections traduisent le regain de mouvements politiques plus radicaux. La crise, de par sa profondeur, attise la révolte sociale et engendre des expressions politiques moins conventionnelles et plus marquées que le jeu traditionnel entre la social-démocratie et le libéralisme plus ou moins social.

 

Une analyse de Jean Cornil, Essayiste

 

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sabineLa crise étant à nos portes depuis un certain temps, il faut réveiller nos imaginaires afin de la surmonter avec beaucoup de citoyenneté et de dignité.  Un peu partout en Europe et même dans les pays du Sud, on observe la résurgence de différents mouvements coopératifs. Ces dispositifs ne sont pas neufs, des alternatives solidaires comme les coopératives ont une histoire, un point d’ancrage. Elles sont certainement une manière de provoquer l’audace et d’apporter ses talents pour contribuer au remaillage indispensable d’un tissu économique et social délabré. Privilégier l’intérêt collectif sur l’intérêt individuel. Une autre manière de voir… Face à la crise, à l’austérité grandissante, des alternatives existent, dans le monde de l’entreprise comme ailleurs. En abordant la crise par un prisme différent de celui du pessimisme latent, on peut considérer qu’elle offre aussi de belles opportunités. En partant de la question du sens que l’on donne à son travail et ses actes quotidiens, l’individu peut ne pas se laisser réduire au simple rôle de consommateur. Pourquoi ne pas profiter de la crise du système -ou au moins des ses difficultés - pour changer les choses, essayer de développer d’autres formules ? Il en existe une qui fait régulièrement ses preuves : la coopérative. En effet, dynamiser un tissu économique local, proche, qui réponde à de réels besoins, à des demandes concrètes, c’est remettre en quelque sorte l’économie sur les rails.

 

Une analyse de Sabine Beaucamp, Conseillère en Editions chez Présence et Action Culturelles

 

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