sinnaevePlus qu’une période économique et sociale faste, survenue dans des circonstances historiques particulières, le modèle social belge correspond à une construction profondément politique. Il  n’a rien de providentiel, comme le laisse entendre la formule d’Etat-providence pour qualifier l’intervention de l’Etat dans les questions économiques et sociales. Celle-ci est marquée par la prégnance du projet social-démocrate . Les organisations syndicales et les partis socialistes ou sociaux-démocrates constituent des forces influentes, un peu partout en Europe, à cette époque et jusqu’à la fin des années 1970. La nouvelle hiérarchie des forces et des valeurs qui s’instaure dans la société d’après-guerre va renforcer la démocratie et accroître l’adhésion des populations au régime politique. Inscrite dans le cadre du compromis social-démocrate,  la réalisation effective et à large échelle des objectifs de prospérité économique, de sécurité d’existence pour tous les travailleurs, et de réduction des inégalités  a garanti, à son tour, la stabilité et la forte légitimité du pacte politique « en une sorte de ’’cercle vertueux’’ de la démocratisation politique, économique et sociale. »

 

Une analyse de Marc Sinnaeve - Professeur de journalisme à l'IHECS et Militant PAC

 

Télécharger l'analyse

sinnaeveDe la Déclaration de Philadelphie au Pacte social belge, un consensus se fait jour, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, autour de l’idée d’une société nouvelle qui serait plus égalitaire, ou moins injuste. Une nouvelle hiérarchie préside aux rapports entre l’économique et la société. Tandis qu’une nouvelle perspective s’ouvre à la classe ouvrière : celle de son propre avenir. En Belgique, ce sont les forces politiques et sociales de la gauche socialiste et chrétienne principalement qui seront parties prenantes du compromis politique d’après-guerre. Si elles sont bien présentes et agissantes au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les forces communistes ou de gauche radicale restent minoritaires, divisées et peu enclines au compromis qui voit émerger le Pacte social de 1944. Car, il s’agit bien, on l’a dit, d’un compromis politique global sur l’approfondissement de la démocratie par le biais des droits sociaux et économiques. 

sinnaeveDans les esprits, le schéma keynésien va de pair avec le « modèle fordiste », au point de les confondre parfois. C’est dû au lien que va instaurer Henry Ford, dès le début du 20ème siècle, entre amélioration de la productivité de l’industrie et augmentation de la demande. Dans le vocabulaire économique, de fait, le fordisme recouvre ces deux dimensions : une production de masse de biens à bas prix pour une consommation de masse. L’une créant les conditions de l’autre. Après le krach de 1929, Roosevelt bâtira une partie de sa politique du New Deal sur le schéma fordiste.  Le fordisme se définit le mieux comme suit : « C’est une stratégie de développement des entreprises fondée sur un abaissement des prix de revient par l’organisation du travail, des salaires relativement élevés et une production de masse pour un marché de masse. »  

sinnaeveL’Etat social se construit d’un point de vue économique sur un modèle keynésien d’économie mixte qui prévoit, à côté du marché, une intervention de l’Etat en tant que régulateur et acteur important du développement économique. De 1950 à 1975, le schéma keynésien a rendu possible les politiques de répartition plus harmonieuse des richesses produites entre profits, salaires et dépenses publiques. Les pouvoirs publics d’après-guerre, qui ont tiré les leçons de la crise de 1929, n’hésitent plus à intervenir dans l’économie de manière structurelle (et pas seulement conjoncturelle, en temps de crise). L’économie semi-dirigée qui se met alors en place se traduit notamment par la mise en œuvre des préceptes keynésiens : l’investissement public, la création d’emplois publics et la stimulation de la consommation via les hausses salariales négociées et les différents leviers de redistribution (fiscalité, Sécu, services publics…) .  John Maynard Keynes, reconnu comme le plus important des économistes du 20ème siècle , préconise, dans les années 1920 déjà, une remise en question du laisser-faire libéral et du dogme de l’équilibre des marchés par l’ajustement automatique des prix.

 

Une analyse de Marc Sinnaeve - Professeur de journalisme à l'IHECS et Militant PAC

 

Télécharger l'analyse

sinnaeveLa période que l’on a coutume de situer entre 1945 et 1975 marque l’apogée de la société salariale et de la protection sociale, solidement arrimées l’une à l’autre, au cœur de l’Etat social en construction. Protections et droits sociaux sont en effet attachés au travail, ou, plus exactement, ils font partie du statut de l’emploi salarié.  Le sociologue Robert Castel y voit le développement d’une nouvelle forme de propriété : la propriété sociale . Les protections sociales attachées au travail fournissent en effet à ceux qui sont hors de la propriété une sécurité équivalente ou quasi équivalente à celle que procure la propriété privée… Cette centralité du travail renvoie à l’essence profondément sociale-démocrate du modèle en construction. La pensée sociale-démocrate est historiquement constituée autour de l’objectif d’un infléchissement du cours de la société dans le sens d’une amélioration du statut global des travailleurs. La social-démocratie d’après-guerre va donc déployer son action autour de questions telles que le rapport salarial, l’organisation de la production, les conditions de travail, la réduction du temps de travail et les temps sociaux, le droit aux indemnités de chômage et de retraite…

 

Une analyse de Marc Sinnaeve, professeur de journalisme à l'IHECS et Militant PAC

 

Télécharger l'analyse

sinnaeveLes principes du modèle social belge sont inscrits dans le Projet d'accord de solidarité sociale conclu en 1944 par un comité patronal-ouvrier. C’est à la fois le point d’aboutissement d’un processus amorcé lors de la décennie précédente pour faire face à la grande crise des années 1930, et le point de départ de l’Etat social moderne. Des membres « éclairés » du patronat et des représentants syndicaux « modérés » ont pris l’initiative de se réunir dans la clandestinité, avec quelques hauts fonctionnaires de l’Etat, afin d’envisager ce qui pouvait être fait immédiatement après la Libération. Il s’agissait, pour les patrons, de préparer les conditions de la reconstruction de l'après-guerre, et, pour les syndicalistes présents, de parvenir à la généralisation des assurances sociales. Si les négociations durant la guerre se déroulent dans un cadre équilibré, la balance penche en faveur des salariés une fois la Libération.

Inscrivez-vous à notre newsletter

Réseaux Sociaux

Nous contacter

Présence et Action Culturelles
Rue Lambert Crickx 5
1070 BRUXELLES

02 545 79 11
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.