roland de bodtAu cours de la première partie, j’ai voulu évoquer les circonstances générales – c'est-à-dire l’économie globale – de la société actuelle qui forme le cadre de notre vie, ici en Belgique francophone. Cette région d’Europe où nous exerçons, nous-mêmes, nos prérogatives d’acteur social et de citoyen. Et cette évocation n’est pas neutre. Elle est une lecture du monde, une écriture, une translation de mon rapport au monde. De mon rapport à cette société où nous vivons quotidiennement. Elle n’est pas une lecture officielle donnée pour mémoire !

cover  2A 0257« Tintin au Congo » d’Hergé a défrayé la chronique en 2007 pour avoir été mis à l’index par une organisation britannique en raison prétendument de son racisme avéré. Dans la foulée, des voix se sont élevées, non sans opportunisme, pour réclamer l’interdiction d’imprimer et de diffuser cet album. En Belgique une requête fut déposée auprès des autorités judiciaires dans ce sens. Ce procès et ses péripéties se sont déroulés sur la toile de fond d’un pays, la Belgique, réticent à se reconnaître comme postcolonial, c’est-à-dire à s’assumer en tant qu’héritier d’une domination coloniale dont l’impact sur la scène de l’histoire et les résonances sur la sensibilité de sujets issus de l’ancienne colonie posent question et requièrent des réponses.

zacharieLes relations Nord-Sud ont reproduit depuis les indépendances des caractéristiques néocoloniales qui ont cherché à maintenir les pays en développement dans la périphérie de l’économie mondiale. Pourtant, depuis le début des années 2000, l’émergence de puissances régionales du Sud et l’évolution vers un monde multipolaire ont tendance à remettre en cause l’hégémonie des puissances occidentales et la hiérarchie traditionnelle de la division internationale du travail. Or si ces mutations ont tendance à altérer les relations néocoloniales du passé, elles ont également pour effet de provoquer de nouvelles formes de domination. C’est dans le cadre de l’exploitation coloniale que se développa un nouveau schéma géographique de la production et du commerce international. Alors que l’Europe s’industrialisait et devenait une puissance commerciale avide de produits tropicaux et de nouveaux débouchés, elle opéra une réorientation des structures économiques des sociétés qu’elle dominait militairement.

sinnaeve« Ce que nous coûtent le Parlement fédéral et ses élus », titrait Le Vif/L’Express, le 15 février dernier. L’hébétude médiatique pour le comptable comme mesure de tout participe de l’approche gestionnaire et utilitariste de la « société globale de l’information ». Ceints de leur nouvelle armure technologique, les médias sont en première ligne d’une « mobilisation générale », selon le mot d’Isabelle Stengers. Mais les journalistes estafettes le savent-ils ? Il suffit de parcourir les pages de votre quotidien ou de votre magazine préféré pour y être confronté : les sujets qui transpirent le magnétisme exercé par l’argent ou l’accumulation financière en tant que sujets d’information bruts. À propos de Johnny Halliday : « La cash machine à pleins tubes » (le Vif/L’Express du 15 février 2013). En sport : « Ligue des Champions : Lille veut la poule aux œufs d’or » (20 minutes, 21 août 2012). Économie : « Protégez votre épargne » (le vif.be, 16 novembre 2012)…  Affleure, dans ces schémas récurrents de la présentation de l’information, une lecture proprement comptable ou utilitariste de la vie en société. En témoigne aussi le réflexe professionnel de faire du comment au détriment du pourquoi l’alpha et l’oméga des cadrages journalistiques : « Comment la négociation gouvernementale a échoué » ; « Dix mesures choc pour l’économie belge » ; « Le classement des cent meilleurs hôpitaux du pays »… Sans oublier l’omniprésent « Comment échapper au fisc ».  

demartToute ancienne métropole ne peut échapper au rapport postcolonial. Quelles survivances ou déplacements de principes coloniaux ont pu se faire en Belgique ? Comment se jouent les rapports entre postcoloniaux et postcolonisés, Belges et Congolais ? Sarah Demart est socio-anthropologue spécialisée dans les études postcoloniales et les migrations congolaises (RDC), chargée de recherche au FNRS et membre du Centre d'Etudes de l'Ethnicite et des Migrations de l'ULg. Elle nous indique ici quelques éléments importants pour appréhender la dimension postcoloniale des rapports sociaux en Belgique. En quoi le passé colonial belge s’invite-t-il dans le présent ?

stengersLa science telle qu’elle est perçue et enseignée ne recherche-t-elle que compétition, concurrence, obligation de résultats pour atteindre l’excellence ? A notre époque, ce que l’on demande au chercheur est simplement s’il souhaite obtenir de l’argent avec lesdites recherches, cela fait partie de « l’économie de la connaissance ». C’est-à-dire qu’il doit déjà penser en termes de conséquences pour l’industrie, pour un impact « social » avant tout économique. Ce sont des contraintes auxquelles certains scientifiques s’adaptent mais qui pour d’autres sont profondément révoltantes et qu’ils voient malheureusement comme souvent le signe d’une société qui ne respecte pas sa science et comme une montée de l’irrationalité. Pourtant cette demande ne provient pas de la société, il s’agit d’une transformation politique qui appartient au néolibéralisme. De fait, cela crée une solidarité étroite entre science et économie avec tout ce que cela a d’inquiétant dans l’image actuelle de la science : les conflits d’intérêts.

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